l'inteview d'Rock Dehon en Urban Pentjak Silat à Wavre en Belgique le 22 novembre 05
Ludo:
Bonjour Rock,
Rock: Bonjour Ludo…
Ludo:
Présente toi en quelques lignes?
Rock: J’ai 33 ans, martialement je pratique depuis l’âge
de 12 ans. Professionnellement, j’ai évolué dans le domaine
sécuritaire depuis l’âge de 19 ans en tant que portier,
ensuite comme agent de protection rapprochée, ce qui m’a amené
à pas mal voyager. Culturellement, j’ai une passion pour la lecture,
et j’aime jouer au échec. Socialement, les connaissances sont
innombrables, les potes sont nombreux, et les vrais amis se comptent sur les
doigts d’une main de la famille Simpson ;-)))
Ludo: Depuis combien de
temps pratiques-tu le Pentjak Silat?
Rock: J’ai commencé ma pratique en Pentjak Silat au alentour
de 1994/1995. Cependant je n’aime pas parler en terme d’années
mais plutôt en terme d’intensité de travail. Au plus vous
allez pratiquer une activité, au plus rapide sera votre évolution
ainsi que votre compréhension de celle-ci. Ceci est valable pour toutes
activités, qu’elle soit sportive, culturelle ou autre…Néanmoins
les arts martiaux sont avant tout un travail de longue haleine, au plus je
pratique le Pentjak Silat, au plus je découvre sa richesse extraordinaire,
sa subtilité technique, et surtout sa redoutable efficacité.
Ludo: Pourquoi as-tu choisi le Pentjak Silat en particulier?
Rock: Lorsque j’ai vu pour la première fois une démonstration
de Pentjak Silat effectué par Mr Charles Joussot (Setia Hati Terate
/ FISFO) et certains de ses élèves en France il y a plus ou
moins 13 ans, ce fut une véritable révélation pour moi.
Ce que j’ai vu répondait à toutes mes aspirations en terme
d’efficacité, de fluidité des mouvements, de réalisme,
d’explosivité, de diversité techniques… C’est
incroyable à quel point cet art de combat correspondait point pour
point à toutes mes attentes. Néanmoins, j’ai du patienter
encore quelques temps avant de pouvoir commencer ma pratique auprès
de Mr Frédéric Mastro qui fut mon premier professeur et chez
qui je suis passé instructeur. Depuis lors, j’ai continué
à explorer sans relâche et à découvrir divers autres
systèmes de Pentjak Silat, qui chacun possèdent leurs particularités
mais également leurs similitudes.
Ludo:
Explique moi l'histoire de l'Urban Pentjak Silat?
Rock: Le "Urban Pentjak Silat " est une suite logique, une évolution
contemporaine d’un des systèmes de combat le plus redoutable
ayant été développé par l’homme. Le problème
est que généralement, l’enseignement (du moins tel que
je l’ai reçu) est souvent déstructuré, sans lien
évident, sans logique apparente d’une technique vers l’autre,
ce qui ne facilite en rien la compréhension des principes du système.
Ou au contraire l’enseignement est trop codifié, trop rigide,
ne laissant aucune place à la liberté de manœuvre du pratiquant,
au développement de sa spontanéité dans la réponse
face à une agression. J’irais même jusqu’à
dire qu’au travers de cette hyper codification, on annihile l’instinct
de survie du pratiquant, car on l’oblige à penser technique et
non pas spontanéité dans la réponse. Pourtant, cette
spontanéité est généralement une garantie de survie,
car comme toute personne ayant connu la réalité du terrain te
le dira, si on réfléchit à la technique à effectuer
dans la rue… on est second, et on réduit considérablement
nos chances de "survie" (ceci est lié à notre cerveau
reptilien). Au travers du "Urban Pentjak Silat ©", nous cherchons
à structurer l’enseignement reçu. Le développement
de "drill" spécifique, ainsi que leurs applications permettent
aux pratiquants de mieux comprendre les principes inhérents au Pentjak
Silat, de développer ces outils de travail spécifique, de construire
les aptitudes de combat du pratiquant. Mais à côté de
cela, une fois les bases assimilées, nous accentuons le travail sur
une expression plus libre et spontanée, afin de coller à la
réalité du terrain. Ceci n’est évidemment qu’un
très bref aperçu du travail que nous effectuons.
Ludo: Expliques moi les différentes systèmes dans l'Urban Pentjak
Silat?
Rock: Au départ, le pratiquant apprendra à développer
essentiellement le travail du haut du corps. Ensuite l’étude
évolue avec un accent mis sur le bas du corps. L’objectif étant
de développer chez le pratiquant sa psychomotricité, ainsi qu’une
réelle compréhension progressive des principes inhérents
aux arts de combats Indonésien. L’apprentissage des techniques
pieds poings prend également une large part dans l’étude,
ainsi que l’apprentissage des armes et ce surtout afin de mieux pouvoir
par la suite sans protéger. Ceci n’est évidement qu’un
tout petit aperçu du système, mais sois sûr que toutes
les distances et dimensions de combat urbain sont abordées et approfondies.
Ludo:
Combien de combats as-tu à ton actif?
Rock: Plus que certain…moins que d’autres… en tous cas suffisamment
à mon goût.
Ludo: Qui sont ou étaient
tes instructeurs en Pentjak Silat?
Rock: Mon premier instructeur a été Frédéric Mastro
qui représentait à l’époque Charles Joussot en
Belgique (il a depuis créé son propre système). J’ai
ensuite travaillé quelques temps avec Flavio Van Ruis (Defcross leuven)
ou j’ai pratiqué le Maphilindo. Depuis lors je continue à
étudier et à explorer différents systèmes de la
péninsule du sud-est asiatique.
Ludo: Que penses-tu du développement
du Pentjak Silat?
Rock: Le développement du Pentjak Silat en Belgique se déroule
lentement. Ce n’est pas un mal en soi, il est en effet préférable
que cela se déroule comme cela. Nombreuses sont les personnes qui pensent
que le système s’assimile rapidement. Il n’y à rien
de plus faux ! Le Pentjak Silat est un art de combat particulièrement
complexe, qui requiert de nombreuses années de pratique, ce qui rebute
pas mal de monde.
Ludo:
Est-ce que tu pratiques d'autres arts martiaux? (Même avant)
Parallèlement au Pentjak Silat je pratique le Kali, le Grappling, ainsi
que la Boxe thaï. Concernant mon parcours martial antérieur, je
dirais que j’ai exploré pas mal d’horizon. Pour avoir une
meilleure idée il est préférable de consulter mon site
(www.urbanpentjaksilat.com).
Ludo:
Quels sont tes grades dans les arts martiaux?
Rock: Disons qu’en 22 ans de pratique j’ai progressé dans
pas mal de disciplines… Néanmoins, mes vrais grades je considère
les avoir acquis sur le terrain. La technique martiale n’est rien sans
avoir expérimenter la réalité de la rue. C’est
une toute autre dimension, aucun droit à l’erreur, pas de seconde
chance.
Ludo:
Quel est ton meilleur souvenir dans les arts martiaux?
Rock: De très loin mon meilleur souvenir martial a été
ma découverte du Pentjak Silat.
Ludo:
Quelle est la personne qui se démarque le plus dans les arts martiaux
et pourquoi?
Rock: Au niveau des arts de combat issu de la péninsule du sud-est
asiatique je pense particulièrement à de grand nom tel que Mr
Dan Inosanto, Mr Bob Orlando ainsi que bien d’autres pour leurs contributions
au développement et à l’enrichissement de ces systèmes.
Mise à part cela, il y a quantités de personnes qui œuvrent
quotidiennement de façon anonyme au travers de l’enseignement
qu’ils dispensent, et ce qu’elle que soit l’art enseigné.
Ces dernières sont souvent oubliées, alors que sans elles beaucoup
d’entre nous n’auraient certainement jamais eu le bonheur de commencer
leurs pratiques. Merci à eux tous…
Ludo:
Que penses-tu de la team-bachy?
Rock: Bien que je ne vous connaisse pas encore très bien, ce que j’ai
pu découvrir lorsque nous sommes venus à ton invitation avec
Bob Orlando c’est un groupe de personnes réceptives, avec une
vraie envie d’apprendre, d’évoluer. Ces personnes vivent
leurs passions avec toi et je sais que tu ne comptes pas ton temps…
En bref, je ne pense que du bien de votre démarche.
Ludo:
As-tu un coup de gueule et un coup de cœur?
Rock: Un coup de gueule envers toutes ces personnes qui viennent dans un cours
en s’imaginant qu’au bout de deux mois de pratique ils vont "casser
la baraque". Qui veulent tout et tout de suite, qui confondent les arts
de combat et les fast food… Au Etats Unis il y a tellement d’écoles
qui répondent à ce type de clientèle qu’ils les
appellent des "Mc Dojo", c’est un vrai business et cela débarque
chez nous depuis quelques temps déjà.
Un coup de cœur pour les vrais élèves, qui sont le cœur,
le centre de graviter de toute salle, qui prennent le temps d’observer,
d’écouter, de pratiquer avec assiduité. Ils sont de plus
en plus rare, c’est ce qui les rend si exceptionnels…
Ludo:
Cites moi une anecdote où tu as eu besoin de ton expérience?
Rock: Cela doit remonter à quelques jours à peine, je te place
le contexte :
Il est plus ou moins 00h30, ma femme et moi sortons du restaurant. Il y a
du monde dans le quartier et nous nous engageons sur le trottoir en direction
de notre véhicule. Nous marchons plus ou moins deux cent mètres
et nous éloignons du quartier animé dans lequel nous étions.
Il y a moins de monde que précédemment, le véhicule se
trouve à plus ou moins 20 mètres à présent, juste
après le coin d’une rue assez obscure. Lorsque nous sommes à
plus ou moins 10 mètres, j’entends un bruit suspect au coin de
cette rue. Nonchalamment, je fais passez ma femme de ma gauche (elle marchait
comme toujours du côté habitation) vers ma droite (elle est à
présent côté rue sur le trottoir), nous sommes à
présent à plus ou moins 5 mètres de ce coin de rue, mes
sens sont en éveillent, ma femme n’a rien détecté
d’anormal et je m’en réjouis (après tout ce n’est
pas son rôle). Nous sommes à présent à trois mètres,
deux, un mètre, je passe l’angle en premier, et là je
voix un individu largement sous l’emprise de la boisson s’éloigner
en titubant. Le bruit que j’avais détecté, était
lié à un tas de carton dans lequel il avait trébuché.
J’ouvre la portière à ma femme et la fais monter comme
toujours dans le véhicule tout en scannant discrètement mes
arrières afin de garder l’individu à l’oeil.
Ok, c’est vrai qu’il n’y à rien d’extraordinaire
(du moins pas tel que vous l’imaginiez certainement déjà…),
mais tout ce processus préventif est devenu automatique grâce
à l’expérience accumulée au travers de mes activités
professionnelles liées à la sécurité tel que portier
et protection rapprochée. Cela devient aussi naturel que de respirer,
vous développez votre aptitude à déceler le danger et
à l’éviter. N’est ce pas la meilleur des techniques
de défense…
Ludo:
As-tu un message à faire passer aux pratiquants d'arts martiaux?
Rock: Tout d’abord, prenez le temps d’apprendre, ne cherchez pas
à brûler les étapes, construisez vous des fondations solides.
Ensuite, faites vous plaisir, éclatez vous, chaque entraînement
doit être un moment de bonheur.
Ludo:
Merci pour ta participation à cette interview
Rock: Merci à toi et surtout bonne continuation dans la voie que tu
t’es tracé…
Ludo:
A bientôt et bonne continuation dans les arts martiaux
Rock: A bientôt…
Rock Dehon et Ludovic Bachy
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