l'interview de Punong Guro Daniel Lamac du Eskrima Kalavera le 5 avril 2006

Ludo: Bonjour Mr Lamac Daniel,

Punong Guro Daniel: Bonjour Ludo

Ludo: Présentez vous en quelques lignes?

Punong Guro Daniel: j ai 40 ans, je pratique les sports de combats et les arts martiaux depuis l’age de 9 ans. Je vis avec une femme extraordinaire qui pratique les arts martiaux au quotidien et j’ai 2 enfants redoutables ( comme tous les enfants)… Je travaille dans la sécurité pour des personnalités du show-BIZ ( redoutable aussi dans leurs
domaines). La première personne qui m’a enseigné les arts martiaux, ce fut ma maman en me tenant la main pour m’apprendre à marcher…et la vie a fait le reste.

 

Ludo: Depuis combien de temps pratiques-tu le Kali ?

Punong Guro Daniel : J’ai connu le Kali en 1983 en voyant Jean Pierre Defosse, un élève de mon professeur de Boxe Chinoise ( Wong Yu Kwai), faire une petite démonstration à son retour des Etats Unis, il revenait de l' Inosanto Academy. Il a présenté le Kali Jeet Kune Do et j’ai trouvé ça super. Le mouvement du Kali me plaisait, le bruit des
bâtons qui claquent aussi, il est devenu mon professeur quelque temps après. Il m’a initié à cet art et je le remercie.

En 1984, je suis parti à l’Inosanto Academy, Maitre Dan Inosanto était en stage
quand je suis arrivé. Un petit philippin super génial et super gentil du nom de Ted Lucay Lucay était là, il est devenu mon Mentor des arts philippin ….il m a promu moniteur en 1989 en Kali, Arnis , Eskrima, JKD Concept. Je me suis entraîné avec Maître Dan Inosanto qui m’a ouvert l’esprit à la mathématique technique de l’art
philippin. C’est un très bon instructeur et avec les connaissances qu’il a , sa vision de l’art est intéressante..

A l’époque, j’ai travaillé aussi avec Maître Richard Bustillo à l’IMB Academy qui était plus axé sur le combat. La clientèle n‘était pas la même qu à l’inosanto Academy. Maître Mude Muda et Maître Daniel De thouard m’ont initié au Penchat Silat.. C était une bonne époque..

En 1990 je suis parti en Indonésie à Jogjakarta développer mon silat dans l’école Tapak Succi dont je suis ressorti instructeur

Ensuite j’ai rencontré Maître Oliver Bersabal en Arnis Serrada ( Arnis Koredas Obra Mano) à Paris. Il n’était pas encore connu, il est devenu mon instructeur pendant 5 ans, 4 à 5 fois par semaine nous avons travaillé le Serrada, dans les bois, parking, et appartement. En 1995,96, nous avons ouvert le premier club D’Arnis Koredas, nous avons aussi fait plusieurs fois Bercy. Il m’a reconnu Purong Guru ( 1er instructeur de son école), je le remercie pour le coté vivant de l’art qu’il m’a fait découvrir. Maintenant il vit aux Philippines

Ludo : Depuis combien de temps a tu crée le Kalavera Eskrima et pourquoi as tu
choisi de le créer ?

Punong Guro Daniel: Le Kalavera est né avec la pratique des armes tranchantes en utilisant le combat comme noyau, ainsi que pour la sécurité de mes élèves dans la pratique des arts philippins ( responsabilité de l’enseignement).

Il fallait un système a la fois efficace et le moins dangereux pour les élèves. Le plus simple possible, pour ne pas trop réfléchir aux techniques utilisées. Si tu pratiques le Kali, poses toi la question, à ce que tu peux faire en face d’un Escrimeur Occidental pratiquant la ligne droite dans l’estoc ou en face d’un Escrimeur Japonais avec son esprit d’engagement…. Dangereux Non ? Ce n’est pas pareil qu’avec le bâton. C est une question d’esprit et d’ énergie .

Donc le Kalavera Eskrima est le noyau du combat dans la distance largo ( sécurité) et le travail de la ligue( économie). Le travail de l’esprit et de l’engagement . Le système n' est plus basé directement sur la technique, mais sur les attributs utilisés dans tous les systèmes de combats, rythmes, visions, énergie, intuition et pour l’expérience le combat sparring….

Ludo: Qui sont ou étaient tes instructeurs dans les arts martiaux?

Punong Guro Daniel: Arts martiaux veut dire arts de Guerres, alors tous ceux qui m’ont dis arrête de jouer car là c’est dangereux . Mes parents, ma famille quelques amis, la vie dans des situations chaudes , mes instructeurs commandos Marines à l’armée quand j’étais fusiliers marins. Quelques Maitres d’Arts martiaux ( karaté, silat, kendo, et arts philippins..)et la vie.

Pour les sports de combats, j’ai tourné pas mal, le sport ça détend. C’est une alternative pour ceux qui aiment le combat sans risquer leur vie, avec des niveaux d’intensités différents selon la gestion du stress de chacun. Plus vous monter en intensité et plus il y a des risques. Mais avec l’age on apprend que la jeunesse est une illusion, que la force est une illusion, que la victoire est une illusion, et que ton corps te fait payer les entraînements intenses que tu a fait, et les blessures que tu as reçues.

Mais on ne vit qu’une fois à chaque fois. Il faut juste être conscient des choses, des risques et faire le bon choix. Mais qu’est que c’est bon

Ludo : combien de combats as tu à ton actif ?

Punong Guro Daniel : Dans les sports de combats, j’en ai pas mal… Si tu pratiques un sport de combat, il faut combattre. C’est une sorte d’examen et d’apprentissage de la discipline que tu fais. Ca commence dans la salle, cela permet de te situer dans la pratique avec des techniques et avec des partenaires différents . Ca fait l‘expérience, physiquement ce n’est pas trop dangereux, c’est surtout psychologique ;Toi avec toi même. Il y a des niveaux plus intenses, mais dans les sports même durs, ta vie n’est pas en danger. Les règles sont faites pour ça. Il arrive des accidents parfois dangereux mais c’est très rare, tel comme une colonne vertébrale sectionnée qui entraîne la paralysie, ou un KO assez important pour détruire une partie du cerveau( coma), voir la mort par accident. Dans le sport, je trouve que c’est bien dommage, cela ne devrait pas exister. Le sport n’est qu’une sorte d’expression canalisée pour te sentir exister dans un cadre différent de celui de la guerre; tu ne défend pas ta vie en cherchant à tuer l’autre.

Certains ont l’enthousiasme des combats durs, mais rare sont ceux qui ont conscience des risques encourus, excepté les professionnels. Parfois c’est comme dans la vie, c’est toujours après que tu te dis, si j’avais su; mais c’est trop tard pour revenir en arrière. Pour moi, les arts martiaux c’est quand ta vie est en danger physiquement, c’est un art de guerre que tu retrouve chez les militaires qui vont au combat, soit dans la rue parfois.

Les militaires se préparent durement à ce genre de situation, pour pouvoir s’adapter le mieux possible. Il y en a qui se spécialise dans un domaine particulier (commandos). Dans les pays en guerre c’est instinctif, soit tu survie soit tu meurs. La manière dont tu survies dépend de la situation et de ta nature , il y en a qui survive en combattant, c’est l’esprit actif et d’autre en se cachant, c’est l’esprit passif.. ; l’important est la survie et les valeurs morales que tu defends .Dans certaines grandes villes, c’est la même chose, dans certains quartiers ( guerres des gangs) ou dans certaines classes sociales très pauvres prêtent à tous pour sa survie. Mais ce qui créer tout ça, c’est l’individu, avec sa pensée qui comporte ses désirs, ses envies, ses peurs, ses fantasmes, ses angoisses, ses névroses ect .

Il existe une voie martiale psychologique, voir religieuse qui t’enseigne à mourir à toi même , à tuer tes ennemis à l intérieur de toi même. C’est une école très dure aussi, comme certaines écoles de yoga, de karaté, d’iai do et religieuse. Très peu la suive sérieusement car elle demande beaucoup de sacrifice de ta part. Avant de vouloir changer le monde, essaie de te changer toi même. Et il y a l’école de la vie plus ou moins dure avec les uns et les autres

Pour ma part , j’espère qu’un jour je sortirai de la voie martiale, avec toutes ces compréhensions… A la grâce de Dieu…

Ludo: Quel est ton meilleur souvenir dans les arts martiaux?

Punong Guro Daniel: Oh, j’ai pleins de bons souvenirs dans les arts martiaux et sports de combats. Les profs avec qui j’ai travaillé (merci), les potes d’entraînements (merci). Les voyages que j’ai fait pour aller apprendre et les gens que j’ai rencontré (merci), les combats que j’ai fais, les télés ect..;toute ma vie est un beau souvenir et je souhaite que tous les jeunes qui pratiquent, connaissent aussi de bonnes expériences.

J’ai un souvenir rigolo parmis tant d’autre, celui là se passait lors d’un summer camp en Allemagne. J’ai rencontré un pratiquant à qui il était arrivé de gros ennuis dans sa vie. Il avait faillit mourir plusieurs fois dans de grave accidents et son corps était marqué par ces expériences. Mais il avait toujours le moral et il gardait des yeux pétillants de vie et de gentillesse. Je l’avais pris en amitié, il vibrait bien. Il avait une petit problème pour marcher, alors je lui ai donné un petit travail de Serrada Eskrima pour continuer à évolué, il était doué. Lors d’une soirée quelqu’un lui prenais la tête sur des questions techniques martiales (intellectuelle), et cet ami fumait, il a tiré une taf et lui a envoyé sa fumée dans la figure en lui disant, tiens arrête ça ., il m’a fait beaucoup rire.., ça c’est l’esprit de l’eskrimador.

 

Ludo :Cites moi une anecdote ou tu as eu besoin de ton expérience martiale ?

Punong Guro Daniel : Il y en a pas mal, mais celle que je préfère, c’est que grâce à ma connaissance de l’eskrima, j’ai enseigné dans le Dojo de Sensei Alain Setrouk, très connu dans le monde du Kyokushikan Karaté, il fut champion du monde ; Il tient aussi une grosse boite de sécurité. Il m’a offert du travail dans sa société et ainsi je peux m’occuper de ma famille , pourvoir à mes responsabilités de chef de famille , je le remercie.

Ludo: As-tu un coup de gueule et un coup de cœur?

Punong Guro Daniel: j’ai plutôt un coup de cœur assez chaleureux et d’une couleur chatoyante, j’ai un ami qui a un coup de gueule et ça fait vraiment bizarre, on dirait qu’il n’a qu’un torse et une grosse tête.. hi,hi. Je rigole..

Un coup de gueule pour les bêtises politiques et un coup de cœur pour les femmes..

Ludo: Quelle est la personne qui se démarque le plus dans les arts martiaux et pourquoi?

Punong Guro Daniel: Cela dépend du niveau de conscience ou tu te situes. Il y a la Terre, mais nous n’en connaissons pas vraiment ces limites, alors en attendant, tel des enfants inconscients nous en profitons

Sinon, je pense aussi à Alexandre Le Grand, César, Jeanne D’Arc, Gengiskan, Napoléon, Jésus, Gandhi, Indira Gandhi, Sœur Emmanuelle, L’abbé Pierre, le Dalai Lama..

Un personnage qui m’a marqué assez jeune dès que le l’ai vu en vidéo, fut Maître Ushiba. Quel homme! Pour moi la recherche de la maîtrise de l’art du combat, c’est le contrôle et la maîtrise de l’adversaire plutôt que sa destruction.

J’aime aussi Rickson Gracie, quel mec et quelle évolution il a fait depuis ses début. Il a marqué son temps comme Bruce Lee, Maître Ushiba et d’autre. Mais tout le monde ne peut pas être et n’est pas fait non plus pour être un Rickson gracie, un Bruce Lee ou Maître Ushiba..

Chacun doit trouver son chemin et lorsque tu le trouves, tu le sais..

ludo: Que penses-tu de la team-bachy?

Punong Guro Daniel: Je ne peux pas dire que je connaisse la Team Bachy, alors avoir un jugement m’est difficile ; mais pour ce que j’ai pu voir, ça a l’air d’être un bon groupe de travail avec un bon esprit de pratique.

Ludo: As-tu un message à faire passer aux pratiquants d'arts martiaux?

Punong Guro Daniel: Si tu as un but alors va y, suis l’expérience de ton chemin et à la fin libère en toi.

Les deux questions profondes à te poser: sont que cherches tu pour être heureux? et de quoi as tu le plus peur ? ..Good Luck..

Ludo: Merci pour ta participation à cette interview

Punong Guro Daniel: Merci à toi, j’ai passé un agréable moment

 

Ludo: A bientôt et bonne continuation dans les arts martiaux


Ludo Bachy et
Punong Guro Daniel Lamac

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