l'inteview de Michel Rozzi du Jeet Kune Do et Kali de France le 01 novembre 05
Ludo: Bonjour Michel,
Michel: Bonjour Ludovic
Ludo: Présente toi en quelques lignes?
Michel: j¹ai 44 ans
(et un genou en difficulté ;-) ), je suis psychosociologue et formateur
pour adultes. J¹aime rire et m¹amuser, et j¹aime bien le théâtre
de l¹absurde (Ionesco, par exemple), et j¹utilise la
dérision en cours ou en stage parce que j¹estime devoir dé-mythifier
l¹instructeur, montrer que je (ne) suis (qu¹)un homme : cela rend
l¹élève co-responsable de ce qu¹il fait, et non pas
simple pion.
J¹ai une conception atypique de l¹entrainement et de la dynamique
de combat.
Je vise à l¹appropriation des participants de concepts et de formes
de pensées qui font d¹eux de libres citoyens, des démocrates,
ayant une analyse critique et de la réflexion sur ce qu¹ils font
et ce qu¹ils sont.
Ludo: Depuis combien de temps pratiques-tu le kali et le jeet kune do?
Michel: j¹ai commencé
à m¹entraîner véritablement aux techniques de Kali
et Jeet Kune Do en 1986, avec Jean Pierre Defosse, mais j¹étais
très intéressé par Bruce Lee depuis mes débuts
en Arts martiaux, en 1976 : j¹achetais tous les magazines et livres que
je pouvais trouver, et j¹essayais toutes les
techniques.
Il est évident que je n¹avais aucune compréhension de la
ligne centrale avant de connaître Jean Pierre.
Ludo: Pourquoi as-tu choisi le kali et le jeet kune do en particulier?
Michel: J¹ai beaucoup
déménagé lorsque j¹étais jeune. Je me suis
entraîné à droite et à gauche, en Karaté,
Viêt Vo Dao, Boxe Française, Nunchaku de Combat, etc. dans des
clubs de Province, mais je ne restais pas assez longtemps pour m¹intégrer
vraiment à un système.
Et puis, grâce au travail comparatif que je faisais entre l¹entrainement,
les magazines et livres, j¹étais à chaque fois ³coincé²
dans une logique particulière qui me contraignait, qui m¹empéchait
de m¹exprimer vraiment.
Lorsque je suis arrivé à Paris, j¹ai découvert les
cours de Jeet Kune Do et Kali de Jean Pierre Defosse, et j¹ai trouvé
là un système qui m¹a permis, et me permet encore d¹explorer
toutes les facettes des arts martiaux, dans une dynamique et des jeux de combat.
Ludo: Expliques moi les différentes sortes de systeme d'arts martiaux Philippin et lesquelles pratiques-tu?
Michel: je ne peux faire une énumération des différents systèmes. D¹autres sont plus compétents que moi pour cela.
J¹ai été ³marqué² par différentes influences. Evidemment, l¹Inosanto système, qui m¹a fait naviguer de L¹inosanto Lacoste au Villabrille, en passant par le Lameco Eskrima. Le Kali Sikaran de Jeff Espinous. L¹inayan Eskrima, de Mike InaÏ. Le Bob Breen système, que je ne puis nommer différemment, car celui-ci a tellement personnalisé ses influences de Doce Pares, Pikiti Tersia, Inosanto Lacoste, et... qu¹il m¹est impossible de les différencier de l¹homme.
Ce que je pratique est une
version personnalisée de l¹ensemble de ce que j¹ai travaillé,
dans un ensemble que j¹essaie de coordonner et de rendre cohérent,
à la fois pour moi et mes élèves. Un exemple en Espada
et Daga : je commence par un flot de Lameco Eskrima, qui permet de comprendre
comment entrer en absorbant l¹attaque, à utiliser le couteau,
à absorber l¹attaque du couteau de l¹autre, et sortir en
frappant. Puis je le connecte avec un exercice vu avec Bob Breen, qui permet
de travailler différents désarmements et contres.
L¹ensemble de ma pratique est basé sur ce même concept de travail.
Ludo: Combien de combats as-tu à ton actif ?
Michel: Je n¹ai pas
fait de combats de compétitions homologuées. Si tu comptes les
combats entre instructeurs, j¹en ai fait énormément, que
cela soit en double ou simple bâton, couteau, avec ou sans pieds poings
sol. J¹ai aussi quelque combats de self-défense à mon actif,
d¹où je me suis toujours
bien sorti, sauf une fois. A noter : tous mes élèves ayant eu
à faire face à une agression s¹en sont sorti sans problème,
même face à trois agresseurs pour l¹un d¹eux.
Ludo: Comment as-tu connu le kali et le jeet kune do?
Michel: le Jeet Kune Do
par les articles et ouvrages DE et SUR Bruce Lee, puis par les cours avec
Jean Pierre. Le Kali, avec Jean Pierre. Je dois avouer que, lors de mes premiers
cours de Kali, je me disais :³qu¹est-ce que c¹est que ce truc
de sauvage ?² Je n¹étais pas habitué à ces
enchaînements continus de frappes et exactions diverses. Je n¹en
ai d¹ailleurs compris l¹intérêt que lors d¹un
stage avec Richard Bustillo, en 1992, où j¹ai eu la chance et
l¹honneur de travailler sur quelques exercices avec Dieter Knuttel et
un de ses élèves. Ils ont pris le temps de m¹en expliquer
la logique.
C¹est pour cela que j¹explique beaucoup dans mes cours et stages.Combien
de personnes pratiquent sans comprendre ce qu¹ils font, et pourquoi ils
le font ?.?.
Ludo: Qui sont ou étaient tes instructeurs ans les arts martiaux?
Michel: Je ne peux dire décemment qui étaient mes instructeurs dans les arts martiaux, ayant beaucoup déménagé, jeté les papiers et oublié les noms de la plupart de ceux avec qui je m¹étais entraîné avant de venir à Paris (erreur de jeunesse).
Je parlerai plutôt
de mes influences : Jean Pierre Defosse, Salem Assli, Ron Balicki, Rick Tucci,
Mike Inaï, Jeff Espinous, Dieter Knuttel (pour quelques instants lors
du stage de Bustillo), évidemment Bob Breen. Richard Bustillo ne m¹a
pas laissé de souvenir impérissable. Peut être parce qu¹il
nous avait montré des techniques de Boxe Thaï, dans la patrie
qui compte nombre de Champions du Monde dans tous les styles de combat pieds
poings.
Curieusement, Dan Inosanto ne m¹a pas tellement influencé non
plus : il était dans la nébuleuse au dessus. C¹était
trop rapide, trop ... trop. Je n¹étais pas prêt. Je pense
qu¹il faut le suivre très souvent, aller le voir régulièrement,
pour pouvoir saisir ce que ce pratiquant d¹exception a à donner.
Ludo: Que penses-tu du développement du kali et du jeet kune do?
Michel: trop lent. Il faudrait mettre en place des écoles de cadres, des stages de formation pour des initiateurs, moniteurs et instructeurs.
Ludo: Est-ce que tu pratiques d'autres arts martiaux?(même avant)
Michel: j¹avais pratiqué du Karaté, du Viêt Vo Dao, de la Boxe Française, du Nunchaku de Combat.
Ludo: Quels sont tes grades dans les arts martiaux?
Michel: Instructeur : Bob Breen¹s International ; MARS (Ron Balicki) ; UFKAEDA. Monitor EKAEF
Ludo: Quel est ton meilleur souvenir dans les arts martiaux?
Michel: j¹ai d¹innombrables bons souvenirs. Je dois avouer que celui qui me fait le plus plaisir, c¹est lorsqu¹un de mes assistants m¹a dit qu¹il s¹était débarrassé de trois agresseurs dans un parking, et qu¹il m¹a expliqué les techniques qu¹il avait utilisé : ça a été un moment de pur bonheur de constater que les efforts que je faisais pour enseigner avait des résultats.
Ludo: Quelle est la personne qui se démarque le plus dans les arts martiaux et pourquoi?
Michel: Il m¹est difficile de répondre. J¹apprécie les personnes suivant des critères qui portent sur la personnalité, la technique, la pédagogie, le charisme, c¹est à dire que certains me marquent sur certains points, et d¹autres pour d¹autres raisons.
ludo: Que penses-tu de la team-bachy?
Michel: je suis désolé, mais je n¹ai pas l¹honneur de connaître votre groupe.
Ludo: As-tu un coup de gueule et un coup de cœur?
Michel: j¹en ai assez des personnes qui disent : ³celui-ci est meilleur que celui-là². Je comprend qu¹on ait plus d¹affinité avec certains que d¹autres. Mais il faut expliciter sur quels points et pourquoi on trouve celui-ci meilleur : objectiver les critères.
Ludo: Cites moi une anecdote où tu as eu besoin de ton expérience?
Michel: en décembre 2000, alors que je donnais un stage, nous avons entendu l¹alarme d¹une voiture. Un cambrioleur était en train de ³s¹occuper² du véhicule d¹un stagiaire. Celui-ci et moi-même sommes sorti pour l¹intercepter, suivis de près par deux de mes élèves. Dehors, nous nous sommes retrouvé à lutter contre un bonne vingtaine de personnes. Deux instructeurs qui participaient au stage sont venu voir ce qui se passait, et se sont retrouvé à participer, alors qu¹un de mes élèves, blessé et sonné (pommette enfoncée), est allé chercher du secours dans la salle. Nous étions cinq, et nous avons contenu ce groupe d¹agresseurs, qui n¹arrétait pas de s¹agrandir. Au bout d¹un moment, cela devenant difficile, parce qu¹ils étaient de plus en plus nombreux, et commençaient à nous frapper avec des bâtons, nous jetant des vélos et des patinettes, nous avons reculé. A ce moment, des stagiaires sont sorti avec des bâtons, et les agresseurs se sont arrêté d¹avancer, et les deux coups de bâton que j¹avais reçu sur le crâne ont fait craqué ma peau, inondant mon visage de sang. Nous avons arrêté nousaussi.
Je suis fier de cette anecdote,
car mes élèves ont bien réagi : ils n¹ont pas eu
peur de se battre, ont utilisé les techniques et les stratégies
auxquelles je les avais habitué.
Ludo: As-tu un message à faire passer aux pratiquants d'arts martiaux?
Michel: pratiquez votre
style, regardez autour de vous et essayez ce qui vous semble intéressant,
pour enrichir votre pratique.
Analysez ce que vous aimez et ce que vous n¹aimez pas, et pourquoi vous
aimez ou pas, en utilisant des critères objectifs.
Ludo: Merci pour ta participation à cette interview
Michel: je vous remercie de m¹avoir donné l¹occasion de m¹exprimer.
Ludo: A bientôt et bonne continuation dans les arts martiaux
Michel: merci à vous, et bonne continuation aussi.
Ludovic Bachy et Michel Rozzi
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